La rétroactivité de la révision du loyer du bail commercial ou professionnel

 

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Source image : Définition Juridique

 

La rétroactivité de la révision du loyer du bail commercial ou professionnel peut s’appliquer lorsque la clause que le bail contient une clause d’indexation automatique ou clause d’échelle mobile. A défaut d’automaticité expressément prévue, le bailleur doit solliciter la révision selon un formalisme spécifique.

 

1- Principe : absence de rétroactivité de la révision du bail commercial

Souvent, le bail commercial ou bail professionnel prévoit la révision du loyer fixé en fonction de la variation d’un indice connu. Il peut s’agir par exemple de l’indice trimestriel du coût de la construction (ICC) publié par l’INSEE.

Le principe est celui de l’absence de rétroactivité de la révision du loyer du bail commercial conformément aux articles L.145-37 et L.145-38 du code de commerce. En effet, il est prévu que la demande de révision du loyer doit être effectué à la demande des parties, et selon les conditions prévues par décret en Conseil d’Etat. Et l’article R.145-20 du code de commerce impose en effet un formalisme spécifique en matière de demande de révision du loyer, à savoir que la demande de révision des loyers du bail commercial doit être formée par acte extrajudiciaire ou par lettre recommandée avec demande d’avis de réception.

Il ne s’agit donc pas d’une révision automatique, mais plutôt d’une révision qui doit faire l’objet d’une demande formée selon un formalisme spécifique. Il se déduit de ce formalisme spécifique l’absence d’automaticité et donc de rétroactivité de la révision du bail commercial.

En effet, si la demande en révision n’a pas été formellement formée par le bailleur ou le preneur, celui-ci ne peut ultérieurement réclamer l’application de la révision du loyer avec effet rétroactif.

2- Exception : la possibilité de prévoir une révision automatique

Par exception au principe décrit ci-dessus, la rétroactivité de la révision du loyer du bail commercial peut s’appliquer lorsque le contrat contient une clause prévoyant expressément que la révision s’effectue automatiquement. Une telle clause est valide selon les termes de l’article L. 145-39 du code de commerce.

Ainsi, en présence d’un caractère automatique, la révision du loyer n’a plus à être sollicitée par le bailleur ou le preneur à son cocontractant : elle est automatiquement applicable.

En présence de ce caractère automatique, la révision du loyer du bail commercial a un effet rétroactif : lorsqu’elle n’a pas été pris en compte, même durant plusieurs années, l’autre partie pourra exiger son application avec effet rétroactif. Le bailleur pourra alors, par exemple, solliciter le paiement de compléments de loyers à son preneur.

Exemple récent de défaut de rétroactivité de la révision du loyer du bail commercial en l’absence de révision automatique :

CA Aix-en-Provence, 28-01-2021, n° 17/05959

« Sur la demande de résiliation du bail du fait de l’acquisition de la clause résolutoire

La bailleresse a fait délivrer par acte d’huissier en date du 22 octobre 2014 un commandement de payer visant la clause résolutoire et demandant paiement dans le mois de la somme totale de 39 479,77 euros au titre des révisions du loyer pour la période du 1er janvier 2009 au 1er mars 2011.

L’article L. 145-38 code de commerce dans sa version applicable aux faits de l’espèce dispose (…)

Les parties peuvent convenir de faire varier le prix du contrat de manière automatique en fonction d’un indice de référence choisi selon un périodicité convenue. L’article L145-39 du même code dans sa version applicable à l’espèce dispose (…).

En l’espèce, une clause contractuelle du bail initial figurant dans le paragraphe “REVISION” prévoyait de façon explicite une révision automatique du loyer tous les trois ans en mentionnant : «  le loyer sera automatiquement révisé tous les trois ans pour tenir compte de la variation de l’indice trimestriel du coût de la construction publié par l’INSEE. L’indice de base du coût de la construction du 2ème trimestre 1990 soit 951 ».

Ce bail initial, conclu le 22 janvier 1991, a été renouvelé par avenant en date du 8 décembre 1999 à compter du 1er janvier 2000 pour se terminer le 31 décembre 2008. Après congé délivré par le bailleur, le preneur a accepté le principe du renouvellement à compter du 1er janvier 2009.

L’avenant en date du 8 décembre 1999 prévoyait, après avoir rappelé que le loyer correspondait à la valeur locative actuelle des lieux loués, que ‘ dans le but de maintenir cette équivalence entre le loyer et la valeur locative, il est convenu que le loyer sera révisé tous les trois ans pour tenir compte de la variation de l’indice du coût de la construction publié trimestriellement par l’INSEE, l’indice de base étant l’indice du 2ème trimestre 1999 ( 1074) et l’indice à lui comparer étant l’indice du 2ème trimestre de l’année précédant la date de révision”.

Il importe de constater que si cette clause comporte une référence à un indice et prévoit une périodicité pour la révision, éléments indispensables pour caractériser une clause d’indexation automatique, les modalités de révision prévues sont source d’ambiguïté puisque semblables à celles prévues à l’époque par le décret du 30 septembre 1953, quand bien même le futur est non le conditionnel est utilisé dans la clause.

Il apparaît cependant clairement que dans l’avenant portant renouvellement du bail commercial, les parties ont, outre le loyer et les dates, également entendu aussi procédé à la modification des modalités de révision du loyer. Ainsi, le terme ‘automatiquement’ figurant dans le bail initial et qui permet sans la moindre ambiguïté d’attribuer à une clause la dénomination de clause d’indexation automatique ou clause d’échelle mobile a disparu de l’avenant. Il est par ailleurs précisé in fine dans cet avenant que toutes les autres clauses et conditions du bail demeurent inchangées, attestant a contrario que les modifications telles que celles relatives à l’indexation s’appliquent au nouveau bail renouvelé et aux suivants qui sont de nouveaux contrats contrairement à ce que qu’indique la bailleresse.

En l’absence de clause d’indexation automatique, et sans statuer plus avant sur les arguments de la bailleresse relatives aux années d’indexation demandées qui n’apparaissent pas cohérentes avec les causes mentionnées dans le commandement et avec les indices visés, il y a lieu de retenir que les sommes demandées au titre des indexations, qui n’ont pas été formées dans le respect du formalisme prévu par les articles 145-37 et suivants et R.145-20 du code du commerce n’étaient pas dues et de confirmer le jugement considérant que le commandement était dépourvu de causes. Dans ces conditions, les demandes de résiliation du bail du fait de l’acquisition de la clause résolutoire, de fixation d’une indemnité d’occupation et d’expulsion ne sont pas fondées et la S.C.I. OLIVIER en sera déboutée. »